L’orgue neuf de l’église Saint-Louis à Vincennes (94)

Un instrument néoclassique d’exception

L’église Saint-Louis de Vincennes classée monument historique

L’église Saint-Louis se situe au point de rencontre entre quatre villes – Vincennes, Saint-Mandé, Montreuil et Paris – et trois départements – Val-de-Marne, Seine- Saint-Denis et Paris.

Sa construction, décidée à la fin des années 1890, pour accompagner l’urbanisation liée notamment à l’ouverture de la ligne n° 1 du métropolitain, ne fut entreprise qu’en 1914 et achevée en 1920. Elle fut confiée aux architectes Jacques Droz et Joseph Marrast. Tenant compte des contraintes du site, ils conçurent un édifice de plan centré, se référant à l’architecture byzantine, et mirent en œuvre des moyens économiques et résolument contemporains : quatre grands arcs en béton armé délimitent une nef unique tout en donnant l’impression d’une croix grecque.

Les grands principes de la décoration, achevée en 1927, furent arrêtés dès le début de 1921 et les architectes mirent avec constance l’accent sur le décor intérieur, qui offre un contraste saisissant avec l’aspect extérieur. L’église est ainsi dotée d’un ensemble unique d’œuvres caractéristiques du renouveau de l’art sacré au début du XX° siècle : fresques de Maurice Denis et d’Henri Marret, sculptures de Carlo Sarrabezolles et d’Armand Boutrolle, céramiques de Maurice Dhomme et ferronneries de Raymond Subes.

L’unité et la qualité du décor ainsi que son accord avec l’architecture justifièrent l’inscription de l’église Saint-Louis à l’Inventaire des Monuments Historiques en 1994, puis son classement en totalité le 10 septembre 1996.

Pourquoi construire un orgue neuf à Saint-Louis de Vincennes ?

Dans les 30 années qui suivirent son inauguration, l’église Saint-Louis ne posséda que des orgues loués ou achetés d’occasion.

Le dernier instrument fut installé en 1954 par le facteur Gonzalez, en réutilisant partiellement un orgue d’occasion de facture américaine. Prévu initialement avec 18 jeux, cet orgue n’en comporta jamais que 9, ce depuis l’origine. Les matériaux utilisés, tant pour le buffet que pour la tuyauterie, ne firent pas de cet orgue un instrument d’une grande valeur, malgré la qualité de l’harmonisation, servie par une acoustique exceptionnelle.

Dès le début des années 2000, les défauts de fiabilité de l’instrument actuel amenèrent à se poser la question de son remplacement. Après étude et avis de la commission supérieure des orgues non classés, décision fut prise de construire un instrument neuf à partir d’un cahier des charges cohérent et ambitieux. L’orgue Gonzalez de 1954 a été installé depuis à l’église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy.

 

Quelle esthétique pour l’orgue neuf ?

L’église Saint-Louis de Vincennes a une personnalité tellement marquée que n’importe quel orgue ne pourra y prendre place. Il est indispensable que le nouvel orgue soit pensé en harmonie avec le lieu : si l’on optait pour un orgue classique français ou un orgue germanique, les sonorités seraient perçues en opposition avec l’esthétique visuelle de l’édifice. En revanche, un orgue français des années 1930, doux et coloré, serait pleinement en symbiose avec le décor. A la grande peinture murale de Maurice Denis située dans le chœur devrait faire face un instrument aux timbres en harmonie avec cette esthétique visuelle. Rappelons que Maurice Denis était très lié à la famille Alain et qu’il admirait les recherches musicales d’Albert Alain. Comment ne pas souhaiter avec les mots de Jehan Alain trouver à St-Louis de Vincennes “ces sonorités fines qu’on peut entrecroiser dans la douceur et qui donnent un tissu sonore transparent et fluide dans les doigts, comme un voile de soie”.

 

L’orgue « néo-classique » : un projet novateur

Les années 1930 furent pour l’orgue français une période d’une grande richesse sur le plan musical : rarement il y eut en France une telle floraison de compositeurs inspirés (Messiaen, Tournemire, Alain, Duruflé, Langlais, Litaize, etc.) dont la musique est, à ce jour, très largement appréciée et jouée par les organistes du monde entier. Pour autant, la facture d’orgue de cette époque, dite « néo-classique » présentait de nombreuses défaillances, dans le contexte d’indigence matérielle (mauvaise qualité des matériaux) de l’entre deux guerres.

Le défi de ce projet était de construire un orgue néo-classique de qualité : un instrument destiné à servir en priorité la musique française du XXe siècle, et qui aurait les qualités mécaniques et la fiabilité d’un orgue plus ancien. Un tel projet était extrêmement novateur et probablement précurseur, sachant que, depuis une trentaine d’années, l’essentiel des constructions d’orgues neufs répondent à une esthétique baroquisante.

Un tel parti esthétique permet aussi au nouvel orgue de s’inscrire en complémentarité dans le paysage organistique du département du Val-de-Marne, récemment enrichi par l’installation à la cathédrale de Créteil de l’ancien instrument Schwenkedel de l’Association Valentin Haüy.

 

L’orgue neuf Denis Lacorre

Denis LACORRENé en 1966 à Limoges, Denis Lacorre se passionne de bonne heure pour la musique et le son, il apprend le piano puis découvre le clavecin et l’orgue.
Après des études supérieures de physique et d’électronique, il se consacre définitivement à la facture d’orgues, d’abord aux écoles de Messieurs Philippe Hartmann et Jean Renaud, puis à partir de l’an 2000 au sein de sa propre entreprise.
Ses goûts le portent, sans exclusive, à privilégier l’orgue français du XIXème siècle à nos jours. Il étudie tout particulièrement l’œuvre d’Aristide Cavaillé-Coll dont il restaure plusieurs instruments.
Régulièrement invité comme conférencier lors de colloques ou de stages, comme membre de jury de concours d’interprétation, il sait se tenir en permanence à l’écoute des musiciens et de leurs exigences.
Il se voit aujourd’hui confier la construction d’orgues neufs dans le style français post-symphonique : Cancale (Saint-Méen – électropneumatique III/66 avec Contrebombarde 32′) et Vincennes (Saint-Louis – mécanique III/29).
Harmonisations
Orgues de Cavaillé-Coll : Paris (Saint-Sulpice V/102 – relevage partiel avec reprises importantes d’harmonie) – Caen (Saint- Etienne III/50) – Bayeux (Cathédrale GO III/44 – OC II/12) – Saint-Brieuc (Saint-Michel III/40) – Bonsecours (Notre-Dame III/29) – Usurbil (Espagne – San Salvador III/47) – San-Sebastian (Espagne – San Vicente III/37) – Pontivy (Notre-Dame III/29)
Autres instruments : Toulouse (ND la Dalbade – Puget III/50) – Châlons-en-Champagne (Cathédrale – Abbey III/54) – Dieppe (Saint-Jacques – Gonzalez III/44) – Tolosa (Espagne – Stolz III/36) – Limoges (Sainte-Marie – Zeiger II/23) – Bernay (Notre- Dame – Bouillou II/22) – Bénévent l’Abbaye (Saint-Barthélémy – Lacorre II/21) – Livarot (Saint-Ouen – Mutin II/16.

 

 

Le facteur d’orgue retenu par le maître d’ouvrage, Denis Lacorre, proposa un instrument qui s’inscrit parfaitement dans la démarche esthétique exposée précédemment.

Il s’agit d’un instrument de 38 jeux (31 jeux réels, les jeux de pédale étant traités en extension), sur 3 claviers manuels et pédalier. Sa composition et son harmonisation permettront de servir de façon très satisfaisante le répertoire visé pour cet instrument, tout en permettant, comme cela était la volonté des musiciens à l’origine du mouvement néo-classique, d’aborder également l’ensemble du répertoire d’orgue (du baroque au symphonique) avec les couleurs propres à cette esthétique.

Sur le plan technique :

  • la traction mécanique permet une qualité de toucher nécessaire à l’interprétation et exigée pour la pédagogie ;
  • une machine Barker allège le toucher pour les accouplements, la distance entre les buffets étant importante pour que soit dégagée la verrière occidentale ;
  • l’usage de techniques plus modernes (liaisons en fibre de verre pour la traction, tirage de jeux électriques, combinateur…) accroit les possibilités de l’instrument pour le répertoire du XXème siècle ;
  • le choix des matériaux et des techniques (alimentation en vent, tuyauterie…) et le soin qui a été apporté pour l’harmonisation de l’instrument seront des gages d’un instrument de qualité ;
  • les claviers sont ceux de l’orgue de Sainte-Clotilde à Paris, du temps de Charles Tournemire (1932) : récupération hautement symbolique… L’opération, à la charge du diocèse de Créteil, a reçu le soutien financier de l’Etat, de la Région Ile-de- France et des deux communes de Vincennes et Saint-Mandé (94).

 

La composition de l’orgue Denis Lacorre

Grand-orguePositifRécit expressifPédale
Bourdon 16Salicional 8Flûte ouverte 8Flûte 32 (2)
Montre 8Cor de nuit 8Violoncelle 8Bourdon 32 (1)
Flûte harmonique 8Flûte douce 4Voix céleste 8Flûte 16 (2)
Bourdon 8Nasard 2 2/3Flûte 4Soubasse 16 (1)
Prestant 4Doublette 2Quinte-flûte 2 2/3Flûte 8 (2)
Plein jeu VTierce 1 3/5Flageolet 2Bourdon 8 (1)
Trompette 8Plein jeu IIICymbale IIIFlûte 4 (2)
Cromorne 8Petite Trompette 8Bombarde 16Trombone 16 (3)
Clairon 4Trompette 8Trompette 8 (3)
Basson Hautbois 8Clairon 4 (3)
Voix humaine 8

Accouplements : R/GO – Pos/GO – R/Pos – R en 16’/GO
Tirasse : I – II – III
Tremblants Pos et R